Chaque jour, du 29 avril au 8 mai 2012, retrouvez le récit des faits marquants de la levée du siège d’Orléans, aux mêmes dates, mais en 1429.

Une évocation présentée par l’auteur de « J’ai nom Jeanne la Pucelle, Journal d’une courte vie », Editions Bénévent (février 2012).

 

Pour lire une recension détaillée et une critique qui viennent de paraître :

http://www.histoire-pour-tous.fr/livres/67-essais/4100-jai-nom-jeanne-la-pucelle-journal-dune-courte-vie.html 

Pour découvrir le compte-rendu de cet ouvrage et consulter le sommaire :

http://jeannedarc.monsite-orange.fr

Extraits commentés  

Publication du jeudi 03 mai 2012

 

Orléans, 3 mai 1429

 

 Orléans, 3 mai 1429, un mardi …

 

Le Journal du siège d’Orléans est muet pour cette date. Aucun fait marquant, aucune nouvelle de quelque importance, aucun mouvement significatif autour de la ville assiégée ni à l’intérieur.

 

Que fait Jeanne la Pucelle, arrivée depuis la soirée du 29 avril ? Que fait La Hire ? Nous n’en savons rien.

Orléans semble retenir son souffle en attendant l’arrivée espérée des renforts partis de Blois.

Les positions anglaises tant au nord-ouest de la ville que de l’autre côté du pont, côté Sologne, restent discrètes.

On attend. Le Bâtard d’Orléans et les renforts devraient sans doute arriver le lendemain, le mercredi 4 mai. Comment cette arrivée se passera-t-elle ? Comment réagiront  les Anglais ?  Nul ne sait …

 

Patientons, nous-aussi, et faisons le tour de la ville à la rencontre des positions du parti anglais.

Au nord-ouest, une succession de bastides ou fortins que les Anglais ont baptisés à leur façon : "Paris", "Rouen", "Londres", etc. Ces position retranchées se protègent mutuellement et sont reliées entre elles par des tranchées à l’abri d’une grêle de flèches. A l’est de la ville, la bastille Saint-Loup, une église barricadée en fortin, est située à deux kilomètres de la porte de Bourgogne. Au sud du fleuve, la petite position de Saint-Jean-le-Blanc, excentrée à l'est elle aussi, n’est pas à proprement parler un bastion mais un petit fortin dont le rôle est sans doute plus le guet des mouvements que l’assaut, avec toutefois une certaine capacité de nuisance.

Le vrai blocus s’exerce sur le pont. Sur son débouché sud vers la Sologne, il était déjà contrôlé par deux tours puissantes, les Tourelles ou Tournelles. Non seulement ces deux tours ont été prises par les Anglais, mais, pour renforcer le blocage, ceux-ci ont construit un boulevard de terre qui défend toute approche des Tournelles. Ce dispositif dit boulevard était commun au XVe siècle lorsque les rares ponts stratégiques devaient pouvoir être défendus pour empêcher un ennemi de s’emparer de l'entrée extérieure de l'ouvrage. Le même dispositif de boulevard était aussi présent à Compiègne où la Pucelle fut capturée le 24 mai 1430, douze mois après Orléans.

Le boulevard était constitué d’un espace central où une garnison prenait quartier, stockait ses vivres, ses armes, ses munitions, flèches, traits d'arbalète, boulets de pierre, etc. Il était entouré d’une très forte levée de terre, pierres, poutres, etc. qui s’élevait à plusieurs mètres de hauteur. Cette « muraille de terre », épaisse pour lui donner son assise, était surmontée de pieux ou de vagues créneaux de fortune afin de protéger les soldats des projectiles lancés par des assaillants.

A Orléans comme à Compiègne, de forts fossés remplis d'eau ceinturaient la position, ne laissant accès à l’intérieur du boulevard que par un pont-levis parfois, mais surtout par un pont mobile à coulisse horizontale. Les grands fossés, à Orléans, étaient en prise directe avec le fleuve. De cette façon, l’installation d’échelles au pied de la muraille de terre par d’éventuels assaillants était rendue extrêmement difficile. Le fameux William Glasdale dit « Glacidas » commandait les troupes anglaises de la rive sud et défendait donc les Tournelles et le boulevard, sans compter le Fort Saint-Augustin tout proche.

La Loire, dans son cours inférieur, est ponctuée de très nombreux bancs de sables, graviers et débris en tout genre déposés par le courant. Devant Orléans, au XVe siècle comme aujourd’hui, de véritables îles se formaient, recouvertes durant les crues, découvertes le reste du temps. Dragages et aménagements, notamment au XIXe siècle, ont considérablement modifié l’allure et la forme de ces îles, mais le principe reste le même.

Quand les combats se dérouleront, la plupart d’entre eux prendront place sur la rive sud. Il fallait donc aux Orléanais et aux soldats du dauphin, traverser le fleuve pour attaquer les fortes positions anglaises liées au débouché sud du pont. En fait, la traversée s’effectuait par  progression successive d’île en île. Les étroits chenaux d’eau de Loire qui séparaient ces îles, étaient franchis en barques et il est probable qu’en certains endroits, les cavaliers auraient pu traverser à gué si ce n’avait été les forts courants qui animaient ces chenaux et les fonds instables. 

            Le plan du siège d'Orléans figure à la page 232 de "J'ai nom Jeanne la Pucelle, Journal d'une courte vie".

            (non transférable sur ce format malheureusement)

 On peut s’interroger sur la stratégie du parti anglais, se poser des questions sur le pourquoi de ce « drôle de siège » qui laisse entrer et sortir à peu près qui veut…mais toujours sous menace.

A défaut de connaître précisément les plans du régent Bedford qui administre le nord-ouest de la France au nom du très jeune Henry VI, roi d’Angleterre et de France en vertu du traité de Troyes, et ceux de John Talbot, comte de Shreswbury, cinquante-six ans, commandant les forces anglaises sous Orléans, nous pouvons risquer quelques hypothèses.

 

Le parti anglais, en France, ne possède pas un gros effectif. Peut-être entre dix et quinze mille hommes au total. Il n’y en a guère que deux mille qui aient pu être affectés au siège d’Orléans. Encore s’agit-il d’hommes recrutés dans le quart nord-ouest de la France, avec leurs seigneurs-capitaines. Le reste est déployé de la Normandie à la Brie, de la Beauce à la Picardie.

Premier point donc : l’effectif est insuffisant pour encercler efficacement Orléans et réduire la ville par la famine et par assaut.

 

Second point : pourquoi laisser rentrer des renforts armés sans les attaquer vivement alors qu’ils sont vulnérables hors les murs. Peut-être bien que d’une part, le manque d’effectif joue son rôle, mais on peut aussi penser que le parti anglais préfère voir s’entasser dans la ville les troupes du dauphin et les tenir sous contrôle à défaut de les anéantir … plutôt que de les savoirs libres de mouvement ici ou là, capables de coups de mains meurtriers, d’attaques de revers, etc…

Une souricière en quelque sorte.

 

Le troisième point est sans doute plus stratégique et politique que tactique. A quoi servirait au parti anglais, la prise Orléans seulement ? Ce n’est pas une ville bastion de résistance au milieu d’un territoire maîtrisé par les Anglais. C’est un ville-frontière entre deux souverains rivaux, dotée d’un pont très important, certes, mais … en venant de Beauce, sur quoi cette ville et son pont déboucheraient-ils ? Sur la Sologne, le Berry, la Touraine, terres tenues par les forces du dauphin.

Prendre Orléans revenait à fixer très solidement un verrou sur une frontière naturelle, la Loire. La ville était au nord du fleuve, du côté de la Beauce, côté « anglais ».

Contrôler Orléans et son pont constituait une tête de pont idéale pour la phase suivante, de beaucoup plus grande envergure : envahir le « royaume de Bourges », pousser vers le sud en direction du Limousin et opérer la jonction avec les troupes anglaises très solidement établies en Guyenne. Il n’y aurait plus eu alors de contestation pour la couronne de France, le dauphin Charles, seul prétendant, serait chassé, contraint à l’exil (il s’y préparait mentalement) ou fait prisonnier ou encore relégué dans une province sous contrôle.

Beau plan sans doute, mais le parti anglais était incapable de « tenir » le royaume de France avec si peu de forces militaires. Sans compter les résistances et les rebellions locales qui n’auraient pas manqué de se faire jour.

Comment, pour Bedford et pour Talbot, tenir, occuper, administrer, contrôler le royaume de France alors qu’ils ne parvenaient même pas à tenir Orléans dans une étreinte étanche ?

 

La suite des évènements va montrer que le parti anglais, si redouté, si sûr de lui militairement, auréolé de multiples victoires humiliantes sur les troupes françaises,  est en fait un colosse aux pieds d’argile. Encore faut-il oser l’affronter. Encore faut-il faire preuve d’audace, de détermination, d’enthousiasme, de cohésion.

 

Patience ! semble leur dire Jeanne la Pucelle du haut des remparts en attendant les renforts qui vont équilibrer les forces en présence. Patience ! Vous ne voulez pas partir de votre plein gré ? Attendez-vous à être chassés durement…

 

Les journées cruciales arrivent.

 

 

. . . . . à suivre demain 04 mai 2012 . . . .  

 

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