Chaque jour, du 29 avril au 8 mai 2012, retrouvez le récit des faits marquants de la levée du siège d’Orléans, aux mêmes dates, mais en 1429.

Une évocation présentée par l’auteur de « J’ai nom Jeanne la Pucelle, Journal d’une courte vie », Editions Bénévent (février 2012). 

 

Orléans, 4 mai 1429, un mercredi 

 

 Extraits commentés des pages 234 à 237

 

Publication du vendredi  4  mai 2012

 

 Orléans, 4 mai 1429, un mercredi

Enfin ! …

 

Au matin de ce mercredi 4 mai 1429, la cité  sait que le Bâtard d’Orléans approche.

 

La Hire, Florent d’Illiers, de nombreux seigneurs et leurs hommes, cinq cents peut être, la Pucelle et son fdèle intendant Jean d’Aulon, tous sortent de la ville vers le nord pour se porter au-devant du convoi et prêter main-forte éventuellement.

Les troupes attendues escortent en même temps un nouveau convoi de vivres en provenance de Bourges, d’Angers, de Blois, de Tours qui ont répondu aux appels du dauphin Charles. De plus, des soldats armés de guisarmes (sortes de hallebardes) et de maillets de plomb s’ajoutent aux soldat de pied habituels.

Le convoi contourne les bastions anglais par le nord et entre à Orléans sans rencontrer d’opposition. On serait tenté de dire « comme d’habitude »… En fait, il ne faut pas s’étonner de ces passages aisés souvent considérés comme « miraculeux ». Les troupes anglaises sont éparpillées dans des fortins, certains en rive sud, d’autres en rive nord. Elles ne sont pas en état de livrer un combat frontal d’envergure sans dégarnir dangereusement les bastides et s’exposer ainsi à une contre-attaque qui leur ferait perdre des positions hautement stratégiques. Défier à « grands cris horribles », lancer des assauts limités pour éprouver et tester les forces de l’adversaire, constituent le fond d’une tactique mise en place depuis des mois. 

 
 Les effectifs anglais ne permettent guère plus, et Talbot le sait mieux que quiconque. De leur côté, les Français surestiment l’adversaire et sa capacité à mobiliser des renforts rapidement. En outre, comme je l’ai dit hier, ce n’est pas une si mauvaise chose, côté anglais, que de laisser les forces françaises venir s’enfermer dans la ville, comme dans une souricière. Mieux vaut les avoir devant soi que de les savoir « libres ». 

Au risque d’égratigner la tradition populaire, il faut donc bien comprendre que l’opération globale montée pour soutenir et si possible libérer Orléans n’est pas due à l’initiative de notre Jeanne la Pucelle, mais qu’il s’agissait d’une opération à l’initiative du dauphin, de son Conseil et financièrement soutenue par Yolande d’Aragon en particulier. Un rassemblement de vivres, de matériels, d’armes, de munitions, de troupes, envisagé depuis bien des semaines, (trop) lentement organisé, mais il fallait aussi en assurer le financement, et mis en œuvre en deux étapes. La première fut l’acheminement du convoi qui arriva à Orléans le 29 avril,  que Jeanne accompagnait. Le second consistait en renforts à loger dans la ville et de tout ce qu’il fallait pour nourrir tant les Orléanais que les compagnies. Une logistique lourde compte tenu du fait que les caisses du Trésor étaient vides, que les seigneurs et leurs compagnies privées venaient de provinces éloignées, que les approvisionnements devaient d’abord être rassemblés à Blois, puis être guidées sûrement vers Orléans. Ne nous y trompons pas. Il ne s’agit pas de soldats « nationaux » issus d’une conscription. Ils étaient de provenances très diverses, jusqu’à l’Espagne. Des soldats mercenaires qu’il fallait payer très régulièrement. Faute de quoi, leurs capitaines auraient tout bonnement quitté la place pour aller faire leur profit ailleurs.

Masser des troupes et les équiper est une chose. Engager le combat, créer de la cohérence, susciter l’enthousiasme, la vaillance, l’audace … en est une autre. Si Jeanne ne fut pas l’organisatrice des secours comme le veut la tradition, si elle ne commandait hiérarchiquement aucun soldat et encore moins aucun capitaine, elle se montrera l’inspiratrice fougueuse qui apportera les indispensables atouts que sont le courage, l’audace, l’esprit d’à-propos, la détermination. 

Nous allons bientôt comprendre comment.

 

En cette fin de matinée du 4 mai 1429, la liesse populaire accompagne les troupes et le convoi menés à bon port par le Bâtard d’Orléans.

Jeanne rentre chez les hôtes qui l’hébergeaient aux environs de midi et dîne (on dîne à midi et l’on soupe le soir) en compagnie de son jeune intendant Jean d’Aulon. A ce moment, elle reçoit la visite du Bâtard d’Orléans qui l’informe (c’est nouveau !) que la rumeur publique parle d’une arrivée prochaine de renforts anglais commandés par John Falstoff, repérés dans la Beauce.

Les Anglais réagissaient donc à leur façon aux renforts venus de Blois.

Jean d’Aulon décrira la scène dans sa déposition du procès de réhabilitation.

« […] desquelles paroles ladicte Pucelle fut toute resjoye […] et (elle) dit à mondit seigneur (le Bâtard d’Orléans) telles paroles ou semblables :

 « Bastart, Bastart, ou nom Dieu, je te commande que tantost que tu sçauras la venue dudit Falstoff, que tu me le face sçavoir ; car s’il passe sans que je le sache, je te promets que je te feray oster la teste »

A quoi (il) luy respondit […] que de ce ne se doubtast, car il le luy feroit bien sçavoir. »

 

Stupéfiant ! Quel culot chez cette Pucelle de dix-sept ans !

 

Jeanne s’allonge ensuite pour une sieste avec, à ses côtés, la maîtresse de maison, comme toujours. Jean d’Aulon en fait de même sur une couchette voisine et s’assoupit.

Dans le même temps, plus de deux kilomètres à l’est de la ville, à Saint-Loup, devant une église que les Anglais ont transformée en fortin, des soldats français ont maille à partir avec la garnison ennemie. Une de ces escarmouches quasi quotidiennes, une de plus.

Comme à l’accoutumée, les cloches du beffroi sonnent l’alarme pour que des renforts se mobilisent en ville et aillent prêter main-forte aux soldats engagés. Presque chaque jour, ces escarmouches et l’alarme donnée mobilisent notamment les « milices » d’Orléans, des volontaires. C’est devenu coutume.

 

Jean d’Aulon dort déjà … Jeanne, non. Voici ce dont ce témoin privilégié se souvient :

« […] soubdainement, icelle Pucelle se leva dudit lit, et en faisant grant bruit, l’esveilla. Et lors luy demanda (ce) qu’elle vouloit ; laquelle luy respondit :

« En nom Dé, mon conseil m’a dit que je voise contre les Anglois ; mais je ne sçay se je doy aler à leurs bastilles ou contre Falstoff, qui les doibt avitailler. »

« Sur quoy (il) se leva incontinent, et le plus tost qu’il peust arma ladicte Pucelle (l’aida à revêtir son armure).

« Dit que ainsi qu’il l’armoit, ouyrent grant bruit et grant cry que faisoient ceulx de ladicte cité, en disant que les ennemys portoient grant dommaige aux François. »

 

Sitôt revêtue de son armure, la Pucelle descend l’escalier. Un page lui tend son étendard par la fenêtre tandis qu’elle somme un autre page, dans la rue, de vider prestement la selle où il se trouve pour lui laisser le cheval.

 

Jeanne part au galop en direction des clameurs. Le chemin est simple, c’est la rue principale, tout droit devant elle, qui mène à la Porte de Bourgogne. Jean d’Aulon s’étant fait armer à son tour, suit à quelque distance. A hauteur de cette porte principale, à deux mille mètres des combats vers lesquels citoyens et bourgeois volontaires se ruent, Jeanne s’arrête soudain et se penche sur un blessé grièvement atteint qu’on transporte vers la ville.

Elle demande qui est cet homme : il lui est répndu que c’est un Français. Selon d’Aulon, la Pucelle aurait alors dit :

« que jamais n’avoit veu sang de François (sans) que les cheveulx ne luy levassent ensur. »

Puis Jeanne, suivie de son intendant, prit le chemin de la bastille Saint-Loup, au milieu du flux des soldats et des Orléanais. La position, déjà envahie, était en passe d’être enlevée.

La tradition veut que Jeanne, une fois sur les lieux, ait insisté pour que les religieux en tenue  présents parmi les Anglais dans cette église aménagée en fortin, une quinzaine, soient épargnés. Pour certains, ces bons pères étaient des soldats anglais rapidement travestis en moines.

 

Sans doute près de mille combattants, tant miliciens orléanais que soldats se sont portés à la rescousse de l’escarmouche où une poignée de  français avaient d’abord ferraillé avec les défenseurs du fortin. Le Journal du Siège d’Orléans parle de mille cinq cents. L’assaut victorieux terminé, on dénombra cent quatorze morts anglais et une quarantaine de prisonniers : soit tout l’effectif. Faut-il parler d’un succès facile des Français, à dix contre un ? Un succès absolument déterminant en tout cas pour la suite des évènements. La première fois qu’une bastille anglaise était définitivement prise à proximité de la ville assiégée.

Il ne faut pas oublier le dessous des cartes à propos de cet assaut. Tous les yeux étaient fixés sur la mêlée furieuse à deux kilomètres de la ville, et l’arrivée de la Pucelle avait été remarquée. La tradition populaire lui attribuera d’ailleurs ce premier succès français. Dans les faits, elle arriva alors que le combat se terminait. Peu importe. Ce que ni Jeanne ni Jean d’Aulon ni ceux qui accouraient vers Saint-Loup ne virent, est la manœuvre décisive qui s’opéra loin du fortin attaqué. Voici ce qu’il advint.

Les soldats anglais basés dans les bastions à l’ouest d’Orléans partirent pour porter secours à leurs camarades attaqués, isolés loin à l’est, à Saint-Loup. Le maréchal de Sainte Sévère, compagnon d’armes de la Hire, du Bâtard d’Orléans, du seigneur de Rais, accompagné d’autres seigneurs-capitaines, de soldats, de volontaires de la ville, plus de cinq cents au total, sortirent brusquement hors les remparts pour couper la route aux renforts anglais qui accouraient vers Saint-Loup.

Talbot, observait depuis les positions anglaises. Il n’insista pas et ordonna le repli des renforts. Il préférait perdre Saint-Loup, petite position éloignée, peu efficace dans le dispositif anglais et déjà affaiblie par le départ des quelques soldats bourguignons que le duc de Bourgogne avait « prêtés », plutôt que de risquer d’être pris à revers et de perdre ses bastions forts dégarnis par l’envoi de renforts vers Saint-Loup.

Dès cet instant, les défenseurs de Saint-Loup, trop faibles en nombre, étaient condamnés. Notons donc la vigilance et le sens tactique des capitaines restés en ville pour « veiller au grain ». Sans leur intervention décisive, nul ne sait ce qui aurait pu arriver. Peut-être bien une catastrophe qui aurait pu compromettre toute nouvelle velléité d’action, même avec l’allant et le volontarisme de Jeanne.

 

Ce combat est très important. Moins pour la valeur intrinsèque de la position enlevée que par la prise de conscience que les Anglais n’étaient pas invincibles, que la mobilisation était payante, que la coordination des mouvements pouvait faire reculer l’ennemi.

La prise de Saint-Loup, le 4 mai 1429 dans l’après-midi, fut au départ une escarmouche banale qui s’envenima et se transforma en assaut sanglant. L’habile manœuvre de Sainte Sévère permit une conclusion heureuse grâce notamment au surnombre préservé. Jeanne n’assista qu’à la fin de l’assaut, mais déjà, la rumeur lui attribuait le mérite initial et la victoire. Personne n’en voudra aux valeureux Orléanais qui combattirent à leurs risques et périls aux côtés des soldats probablement mieux équipés et aguerris, de louanger leur Pucelle adulée. La légende était en route. Les hauts faits légendaires cimentent une société, aident à trouver une identité, favorisent l’enthousiasme. Mais il ne faut pas oublier pour autant les réalités, parfois moins euphoriques. N’opposons pas légende et réalité historique : les deux sont nécessaires.

 

. . . .  à suivre, demain 5 mai 2102  et 5 mai 1429 . . . .  
 
 
 A lire et à découvrir, deux recensions critiques de l'ouvrage "J'ai nom Jeanne la Pucelle, Journal d'une courte vie", Alain VAUGE, Editions Bénévent
 
Celle de l'élégant blog littéraire "La Marquise et son Boudoir :
 
http://coindemarquise.canalblog.com/archives/2012/05/03/24171476.html
 
et celle du site des passionnés d'Histoire, " Histoire pour tous" :
 
http://www.histoire-pour-tous.fr/livres/67-essais/4100-jai-nom-jeanne-la-pucelle-journal-dune-courte-vie.html
 
 
 
 
 
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