Orléans, 5 mai 1429, un jeudi

Chaque jour, du 29 avril au 8 mai 2012, retrouvez le récit des faits marquants de la levée du siège d’Orléans, aux mêmes dates, mais en 1429.

Une évocation présentée par l’auteur de « J’ai nom Jeanne la Pucelle, Journal d’une courte vie », Editions Bénévent (février 2012). 

 
 
 
 
 Extraits commentés des pages 237-240

 

Publication du samedi 5 mai 2012

 
 
 

Orléans, jeudi 5 mai 1429

 

Le jeudi 5 mai 1429 est jour de grand-messe : le jeudi d’Ascension.

 

Un an s’est écoulé depuis que celle qui n’était encore que Jeannette était allée voir une première fois Robert de Baudricourt.

La tradition chevaleresque et les mandements de l’Eglise avaient institué que lors des grandes fêtes du calendrier liturgique, les combats soient suspendus. Les belligérants du début du XVe siècle ne respectaient plus cette disposition qui était devenue totalement désuète au fil des décennies. A l’heure de la toute nouvelle artillerie à poudre, les esprits avaient rapidement évolué.

 

Jeanne est de l’école de la tradition : elle prône hautement la trêve, mais cela n’était pas nécessaire. Au lendemain d’un succès inattendu, les capitaines de la place délibérèrent pour envisager quelle suite donner à cet évènement. La plupart des témoignages tardifs (Chroniques notamment) indiquent que Jeanne participa au débat, et que, d’un commun accord, une attaque sur les positions anglaises du sud de la Loire ait été décidée pour le lendemain, vendredi.

Pourtant, les choses ne se seraient pas déroulées ainsi.

 

Le Bâtard d’Orléans, La Hire, Sainte-Sévère et les autres chefs semblent être convenus –entre eux seuls- d’une temporisation visant à leur permettre de préparer un plan offensif d’ensemble. Raoul de Gaucourt, récemment nommé gouverneur de la ville, fit passer l’ordre aux capitaines et aux miliciens de ne laisser personne sortir de la ville le lendemain vendredi pour escarmoucher comme à l’habitude. Les portes devaient rester fermées toute la journée.

La Pucelle n’a probablement pas assisté à cette réunion d’état-major. Elle n’est pas encore tenue pour une combattante par les responsables militaires. Jeanne ne possède ni ne commande aucune compagnie et, si chacun reconnaît son ardeur pour « la cause », certains grognent tandis que d’autres l’ignorent. On grogne, chez les hommes de guerre, de ce que cette pucelle au sens propre dit vouloir se mêler avec ostentation des choses de la guerre, contre cette Jeanne qui parade devant les postes ennemis et somme les assaillants de rentrer chez eux. Elle déroge, elle dérange.

Informée des décisions prises, on se doute que toute idée de temporisation lui déplaît au plus haut point.

 

Jeanne n’est pas du genre à taire ses sentiments : elle sortira si bon lui semble dit-elle à qui veut l’entendre, avec ou sans permission du gouverneur, quoi qu’on fasse et quoi qu’on en dise ! Voilà tout.

 

C’est ce jeudi 5 mai que Jeanne adressa une troisième et dernière missive au camp anglais.

Les circonstances sont singulières. Jean Pasquerel, le confesseur de Jeanne, a probablement écrit de sa main un billet dicté par la Pucelle. Il témoigne ainsi :

« […] Jeanne écrivit aux Anglais […] en cette manière : ‘’Vous, hommes d’Angleterre, qui n’avez aucun droit en ce royaume de France, le Roi des cieux vous mande et ordonne, par moi Jeanne la Pucelle, que vous quittiez vos bastilles et retourniez en votre pays. Sinon, je vous ferai un tel hahu (assaut tumultueux) qu’il y en aura perpétuelle mémoire. Voilà ce que je vous écris pour la troisième et dernière fois, et je ne vous écrirai plus. Ainsi signé : Jhesus Maria, Jehanne la Pucelle’’. »

 

Cette dernière formule remplace la signature puisque Jeanne ne savait pas signer son nom à cette époque. La missive se poursuit avec un post-scriptum que relate Pasquerel :

 

« Je vous aurais envoyé mes lettres plus honnêtement ; mais vous retenez mes messagers ; vous avez retenu mon héraut Guyenne. Veuillez me le renvoyer et je vous renverrai quelques uns de vos gens pris à la bastille Saint-Loup, car ils ne sont pas tous morts. »

 

De quel droit se prévaut Jeanne pour négocier une remise de prisonniers qui ne lui appartiennent pas ?

 

 A l’époque les prisonniers étaient « propriété personnelle » des seigneurs dont les soldats avaient capturés ces prisonniers. Une rançon était ensuite négociée, puis, le cas échéant, cette rançon servait à dédommager financièrement les soldats qui avaient remis leur prise à leur seigneur capitaine tandis que la plus grande partie allait dans la poche du dit capitaine. Soldats et capitaines étaient mal payés. Ils trouvaient leur profit dans le butin après le pillage d’une place enlevée et dans ces rançons. De très sévères disputes pouvaient survenir lors de la capture d’un combattant ennemi, pour savoir qui toucherait « la prime ». (voir des exemples pages 257-258 de l’ouvrage)

 

A défaut de héraut pour porter sa missive, un moyen plus expéditif est trouvé dit Pasquerel.

 

« La lettre une fois écrite, Jeanne prit une flèche, attacha au bout sa missive avec un fil, et ordonna à l’archer de la lancer aux Anglais en criant ‘’Lisez, ce sont nouvelles’’.

La flèche arriva aux Anglais avec la lettre. Ils lurent la lettre, puis ils se mirent à crier avec très grandes clameurs :

     ‘’Ce sont nouvelles de la putain des Armagnacs ! ‘’

A ces mots, Jeanne se mit à soupirer et à pleurer abondamment, invoquant le Roi des cieux à son aide. Bientôt, elle fut consolée, parce que, disait-elle, elle avait eu des nouvelles de son Seigneur.

Le soir, après souper, Jeanne me dit qu’il faudrait, le lendemain, me lever plus tôt que je ne l’avais fait (ce) jour de l’Ascension et que je la confesserais de très grand matin. »

 

Comme aux premiers jours de son arrivée à Orléans, Jeanne fut encore court-circuitée le matin par les capitaines et insultée le soir par les « Anglais », enfin … les soldats picards, normands et autres qui combattaient pour le parti anglais.

 

En quatre jours, la Pucelle avait pris la mesure des réalités et surtout compris que les gens de guerre du parti français, certes courtois avec elle, la tenait pour quantité négligeable dans la conduite des combats. Elle avait essuyé les affronts, les ricanements, les sarcasmes de ceux qu’elle avait appelés à faire bonne paix. Elle avait aussi vu de ses yeux de vrais affrontements, des blessés, des morts et s’était penchée sur eux avec compassion. Des témoins l’ont vue se désoler pour l’âme des soldats anglais morts à Saint-Loup, sans s’être confessés.

 

 

Au soir du 5 mai, ses résolutions sont prises : elle doit prendre l’initiative.

 

Quelles que soient les consignes du gouverneur, des gentilshommes … et sans plus tarder, passer outre cette temporisation qu’elle juge frileuse et sans objet.

Jean Pasquerel précise la pensée de la Pucelle : peu importe les ordres du gouverneur de garder les portes de la ville fermées pour empêcher toute initiative hasardeuse. Elle ira.

Jeanne prit le contrepied des capitaines : elle ne les informerait pas de son projet. Elle n’avait pas de troupe personnelle constituée en compagnie mais elle avait déjà de nombreux partisans parmi les miliciens d’Orléans. On ignore quelles furent les circonstances dans lesquelles elle donna ses consignes aux volontaires mais elle fut claire et précise dans le domaine qui était le sien :

« Elle ordonna que nul ne pensât à sortir le lendemain de la ville et aller attaquer ou faire assaut … qu’il ne se fût préalablement confessé.

« Elle ajouta qu’on prît garde que les femmes dissolues ne fissent partie de sa suite car, à cause de leurs péchés, Dieu permettrait qu’on eût le dessous. »

 

Cette fois, Jeanne la Pucelle est dans la pleine mesure de sa personnalité.

Elle ne variera plus : tout est affiché.

 

Plusieurs centaines de volontaires sont prêts à la suivre : bourgeois, artisans, pères de famille, jeunes gens. Des soldats mercenaires en mal d’engagements suivront aussi, paillards plus que vertueux. Ce sont eux et leurs maîtresses que visent les observations de Jeanne sur les femmes dissolues.

 

Ils suivront la Pucelle et ne quitteront pas des yeux son étendard. Etendard d’essence divine pour les uns, étendard porte-bonheur pour d’autres, étendard symbole d’une délivrance promise pour beaucoup.

 

La nuit est tombée sur la promesse d’un lendemain agité …

 

 

. . . .  à suivre demain 6 mai 2012 . . . .  

 

 
 

Pour lire le compte-rendu de l'ouvrage et la critique d' "Histoire pour Tous" 

http://www.histoire-pour-tous.fr/livres/67-essais/4100-jai-nom-jeanne-la-pucelle-journal-dune-courte-vie.html

 
 Découvrir la critique du blog littéraire "La Marquise et son Boudoir" 
http://coindemarquise.canalblog.com/archives/2012/05/03/24171476.html
 
Dialoguer avec l'auteur, formuler vos observations, vos critiques et vos suggestions :
alainvauge@orange.fr
 
ou par le compte Facebook Alain VAUGE  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

visites